Une vie humaine n’a pas la même valeur dans le monde?

Une vie humaine n’a pas la même valeur à Paris ou à Bombay

Depuis la crise sanitaire, Jair Bolsonaro renâcle à prendre des mesures pour protéger l’existence de ses concitoyens. Résultat : le Brésil, troisième pays le plus touché au monde, compte plus de 160 300 décès dus au Covid-19. « Le Président donne l’impression de préférer compter les morts plutôt que les chômeurs », a dit Maílson da Nóbrega, un ex-ministre.

Y a-t-il des pays où « la vie ne vaut rien », comme le chante Alain Souchon ? « Hélas, c’est le cas de 90 % de l’humanité, et c’est un vrai scandale. Qu’il y ait des différences, c’est normal. Ce qui est scandaleux, c’est que certaines vies ne valent rien du tout », regrette l’économiste François-Xavier Albouy. Entre le Nord et le Sud, le fossé est énorme. Une règle émerge : plus un pays est riche, plus le prix de la vie y est élevé. Il serait proportionnel au PIB, calculé par les assurances et les pouvoirs publics.

Calculs et arbitrages

Un prix de compensation du décès est établi par chaque nation, qui permet d’évaluer si une dépense publique est rentable. Spécialiste du concept au Québec, le financier Martin Lebeau l’évalue entre 5 et 6 millions de dollars dans son pays. Aux États-Unis, doté d’un système juridique particulier, le prix d’une vie humaine s’établit à cette hauteur-là. En France, à environ 3 millions d’euros. Deux fois moins qu’en Suisse. Dans certains pays d’Afrique et d’Asie, elle se quantifie à peine ! En Inde, en cas de crash aérien, les assurances ne remboursent que 50 000 € par tête aux familles, contre 4 millions d’euros chez l’Oncle Sam. Ou 250 000 € en Chine. « Tous les jours, des arbitrages sont faits autour de la vie humaine. Ces calculs servent à optimiser les investissements des pouvoirs publics quand les ressources sont contraintes », explique François-Xavier Albouy. Cet universitaire plaide, par conviction personnelle, pour l’établissement d’un prix minimum universel de la vie humaine, établi sur concertation internationale.

« Ce serait un progrès considérable vers la préservation généralisée des vies. Aujourd’hui, 1,6 million d’enfants meurent de dysenterie en Afrique. Des criquets dévastent les récoltes au Pakistan. Et ces drames ne concernent personne dans le monde. Pourquoi ? », demande-t-il. Au sein d’un même pays, les vies ne se valent pas non plus. Là encore, les riches pèsent davantage. Exemple en Inde, le destin des intouchables (dalits) compte bien moins que celui des hindous des castes supérieures. En Chine, un bébé kidnappé se revend 7 000 € si c’est un garçon, mais seulement 4 000 € si c’est une fille. Au Soudan, un enfant-soldat se paie 400 dollars. Le prix de la vie humaine se mesure aussi en cas de prostitution, rapt, prise d’otages. Quelle rançon chaque État est-il prêt à verser pour une libération ? Au Mali, à combien de dizaines de djihadistes faut-il rendre la liberté pour qu’une Sophie Pétronin retrouve la sienne ?

#Source: Lavie

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